Wendake, perdu et retrouvé

Le son de la rivière en crue entre comme un torrent par la fenêtre de ma chambre. Je distingue ses reflets argentés dans le soir d’avril qui tombe. Je viens d’arriver à Wendake, à l’hôtel Premières Nations, à l’architecture unique et audacieuse. Un taxi m’a conduit ici directement de l’aéroport Jean-Lesage. Je me sens dans un petit village au milieu de la campagne. Plus tard, en regardant sur la carte numérique du iPad, j’apprendrai que c’est la rivière St-Charles qui coule là, et qu’elle rejoint le fleuve St-Laurent dans le port de Québec, à quelques minutes en auto.

La mission

Au 18ème siècle, des Jésuites ont établis une « mission » ici, pour évangéliser ceux qu’ils appelaient les Hurons. La petite église, Notre-Dame-de-la-Lorette, subsiste comme un phare que l’on voit de loin, autant dans l’espace que dans le temps.

Kabir Kouba

Le lendemain, après la réunion pour laquelle je suis venu ici, je me rend près de la rivière, je veux la connaître. Je découvre un sentier qui la suit. Au coeur du village, elle se jette avec force dans un canyon profond taillé dans le calcaire de la vallée du St-Laurent. Les Hurons-Wendats ont nommé cette chute Kabir Kouba. Sur ses rives subsistent les vestiges d’un moulin. Des escaliers me mènent au fond du canyon où un trottoir en bois me guide le long du torrent blanc. De grandes plaques de neige subsistent sur les parois du canyon.


Quelques mois plus tard, dans une boutique de la rue Sparks au centre-ville d’Ottawa, je tomberai par hasard sur cette gravure ancienne montrant la chute et le village. Le point de vue est le même que celui de la photo que je prend ce soir-là. On y reconnaît l’église, qui semble n’avoir jamais changé, et aussi le moulin sur la chute, dont il ne reste aujourd’hui que des ruines. Les arbres aux branches luxuriantes et les trois personnages qu’on aperçoit sur la droite, vraisemblablement des Hurons dans leurs vêtements traditionnels, donnent à la gravure une allure exotique. [La gravure est intitulée « Village de Lorette, près de Québec » et porte deux noms: W.H. Bartlett et W. Mossman. Elle a été publiée à Londres en 1840].

Avant de rentrer à l’hôtel, je m’arrête pour souper au restaurant Sagamité, dont le décor et le menu s’inspirent de la culture des Hurons-Wendat.

Noyé dans la banlieue

Au cours de la semaine que dure mon séjour, j’arpente au gré de mon humeur matinale les petites rues étroites de Wendake, parsemées de vieilles maisons. J’oublie que ce « petit village » est depuis quelques décennies, absorbé par une banlieue des plus banale qui s’étale depuis Québec jusque loin dans ce qui était jadis la campagne. Sur la route principale qui traverse le village, le flot constant d’autos, le matin et le soir, me rappelle à la triste réalité de l’urbanisme contemporain.


Chaque soir, après une longue journée de réunion dans une salle sans fenêtres, je retourne dans ma chambre écouter la rivière qui a chanté des milliers de printemps, reconnaissant envers les Hurons-Wendats qui ont su préserver cet espace tout en y faisant revivre cette culture trop longtemps méprisée.

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Voyez plus de mes photos ici: http://www.photo-sensible.com

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