L’alchimie de l’Okanagan

T’es-t’il déjà arrivé de retourner dans un lieu et ne rien reconnaître?

Ça m’est arrivé l’an dernier, lors d’un séjour dans la vallée de l’Okanagan.

J’ai visité cette région du centre sud de la Colombie-Britannique pour la première fois quand j’avais dix-sept ans et venais de terminer l’école secondaire. Une grande soif d’aventures et de découvertes m’avait décidé à partir dans l’Ouest passer l’été à cueillir des fruits à Osoyoos. Cette petite ville située à l’extrême sud de la vallée de l’Okanagan, m’était alors inconnue.

Dépaysement total

Pour un petit Québécois comme moi, voir l’Okanagan fut un dépaysement. Le climat chaud et sec de la vallée, sa géologie et sa position méridionale, ont donné naissance à des écosystèmes et une flore uniques. Ces mêmes caractéristiques rendent la région attrayante pour le tourisme, la villégiature, et plusieurs cultures fruitières, y compris la vigne. C’est un peu comme la Californie, moins le prestige.

J’y suis retourné au printemps dernier, à l’occasion d’une réunion. Je me suis promené dans Kelowna, puis j’ai fait une courte excursion jusqu’à Osoyoos. Je suis allé tout près de la ferme où j’avais passé l’été de 1980. Le paysage, sans être totalement nouveau, ne m’était toutefois pas familier. Près de quarante ans plus tard, à part l’allure général du paysage, avec ces collines herbeuses, les arbustes épars, les forêts de pin sur les hautes pentes, je n’ai rien reconnu.  Je le re-découvrais avec des yeux chargés de connaissances que je n’avais pas à 17 ans. J’ignore si c’est  à cause de ma mémoire, ou parce que la région a tellement changé.

Chose certaine, la vallée n’est plus la même. La population de la région a plus que doublé. Les vignes couvrent aujourd’hui sept fois plus d’espace qu’en 1980.  Mais il ne faut pas s’attendre à des paysages viticoles comme ceux de la Côte D’or ou des Côtes du Rhône, où l’on cultive la vigne depuis des siècles. Il y manque quelque chose: l’histoire, la tradition, la maturité ? Je ne saurais dire.

La viniculture, de la plantation des vignes jusqu’au verre de vin, est une série d’opérations alchimiques qui transforment la terre en or. Littéralement. Les vignobles contribuent 2 millards de dollars à l’économie de la Colombie-Britannique, emploient plus de 10,000 personnes et attirent chaque année près de 800,000 touristes.

Au Centre Culturel du Désert Nk’Mip, la première nation Osoyoos a protégé du développement une grande parcelle de nature. Des sentiers nous font découvrir de près la biodiversité exceptionnelle de cette région. On se rend vite compte que les vignobles prolifèrent sur ces sols où poussaient, il n’y a pas si longtemps, des arbustaies autrement plus riches en espèces végétales et animales.

La chouette Chevêche

Au lendemain de cette excursion, attablé dans un restaurant de Kelowna, je savoure un excellent Merlot du vignoble « Burrowing Owl ».  Son intense bouquet fruité et sa texture velouté se marrie agréablement aux saveurs franches des fromages et charcuteries locales qu’on m’a servi sur une planche de bois d’olivier.

Le nom « Burrowing Owl » désigne une magnifique petite chouette indigène de la région: la Chevêche des terriers.  Espèce des prairies naturelles, et en voie de disparition au Canada, elle aurait complètement disparue de l’Okanagan dans les années 1980. À partir de 1983, on a élevé des individus en captivité pour les relâcher en nature. En 2015, on dénombrait 16 individus de cette espèce dans la région.

Les propriétaires du domaine « Burrowing Owl » affirment avoir jusqu’à maintenant contribué près d’un million de dollars à ce programme de rétablissement. L’avenir nous dira si dans l’alchimie de l’Okanagan, conservation de la nature et viniculture se combineront pour produire une panacée.

En attendant, alors que je bois à mes souvenirs en voie d’extinction, je constate qu’au fond, le passé est aussi incertain que l’avenir.


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Voyez plus de mes photos ici: http://www.photo-sensible.com

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